J'aurais donné TOUTE ma fortune pour toucher cet homme simple et modeste. Ce géant qui a su parler avec tout algérien des peines de l'amour perdu, du pays perdu...
Heureux qui comme Abdelli... a rencontré un géant...
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| El Hasnaoui, de sa voix suave, n’eut pourtant, point cessé, de clamer les affres de l’exil dans les grésillements d’un vinyle déhanché. Une voix qui, comme la chaux, badigeonna les murs de l’Asqif |
kecc aqw dw Asqif
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Sidi rebbi d arezaq
am asa atekfu lghorba
ulawen g aghriben yehreq
times tecaâl d arehba
nedja lwali d wik nefraq
nruh ndaâ axxam yughal d arehba.
Ennan medden d amjah
Ill iw yugi admayan
(...)
Cinimat di taxiyen
Tezhidh am idh am zal
Lukan asgwas aâmayen
Ak ardjugh a yahnin mazal
Aacra snin madden daâun
Ennan ak ruh tenidh mazal
A rebbi djaâl as leqrar
Iw aghrib ur nesâi lwali
D i tmura la yetnemdhar
Ur yesâi hed at i wali
Ur yesâi um ar aycetki yehdher
Haca kecc a sidi rebbi lâali
Lghorba tuâar:
Lghorba telha
I win yeqaren ha
M ik tesefrah ul ik yezha
Ak tebnu leswar
M i-t wala ray ik yezha
Ak tefk iw xessar.
Dieu, viens en aide Enfin, il y en a encore qui se souviennent de l’inimitable et incomparable cheikh El Hasnaoui qui a sa place dans la cour des grands de la chanson algérienne de type chaâbi, à l’instar de son ami et compagnon Dahmane El Harrachi. Il est sans doute aussi le premier des grands chanteurs kabyles qui ont fait tomber les tabous et bravé les gardiens du temple puritain des années 1940 et 1950 comme le fit en son temps Si Moh Oumhend dans la poésie. Cheikh El Hasnaoui, s’éteint sur l’île de la Réunion samedi aux aurores Par Rachid Mokhtari (Le Matin, lundi 8 juillet 2002).
Dieu est bienfaiteur
Comme aujourd'hui l'exil prendra fin
Les cœurs émigrés brûlent de nostalgie
Les flammes nourrissent le brasier
Nous avons quitté nos parents et tous les êtres chers
Nous sommes partis en pure perte, déchus
Et nos demeures vides font peur.
A L’émigré sans parent
Il erre en pays étrangers
Il habite la solitude
Il n’a personne à qui confier ses peines
Il n’a plus que toi, Dieu omniscient.
Cheikh El Hasnaoui, c’est en quelque sorte Si Moh Oumhend de la chanson kabyle. Il a chanté les femmes, l’amour, l’exil, les us et coutumes de sa région natale avec un cœur sensible et en homme fortement imprégné des réalités de la Kabylie. D’une voie langoureuse inimitable avec des paroles justes et un style musical approprié cheikh El Hasnaoui savait émouvoir les cœurs, toucher les esprits et rendre vivantes et palpitantes l’image et l’ambiance qui constituent la toile de fond de chacune de ses chansons. Cet homme, qui a marqué plusieurs générations de mélomanes et inspiré de très nombreux musiciens et chanteurs venus, plus tard, enrichir, développer, moderniser et propulser la chanson kabyle au niveau d’une réputation mondiale méritée, n’a jamais été honoré de quelque manière que ce soit par les autorités culturelles de son pays. Il ne quittera jamais l’exil qu’il a chanté avec une intense émotion et qu’il a choisi sans doute par dépit mais sans jamais rompre avec son terroir. Il y rendra l’âme comme Mohamed Dib, le géant de la littérature algérienne contemporaine ignoré par les autorités de son pays, en 2003, à l’âge de 73 ans, à Saint-Pierre de la Réunion où il s’était retiré quelques années auparavant avec son épouse et où il sera enterré. L’APC de Tizi Ouzou, la maison de la culture Mouloud- Mammeri et deux associations, Issegmane d’Ihesnawen et Wihine de Bouhinoune, semblent vouloir conjuguer leurs efforts pour réparer l’injustice de l’oubli dont il a été victime sa vie durant, en organisant une semaine culturelle, du 9 au 13 juillet, pour rendre à ce précurseur de la chanson kabyle l’hommage qui lui est dû. Trop tard, dirons beaucoup de mélomanes qui auraient voulu qu’un tel hommage lui soit rendu de son vivant, mais cheikh El Hasnaoui ne fait pas exception aux hommes de sa catégorie parce que leur valeur, leur prestige font de l’ombre aux gouvernants. On les préfère plutôt morts que vivants.
B. T. Enfin, on se souvient de cheikh El Hasnaoui.
Le soir d'Algérie 
Si Moh n’Amar U Muh, inscrit à l’état civil le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Khelouat Mohammed, a pris le pseudonyme artistique de Cheikh El Hasnaoui qui réfère à sa région natale, le âarch des Ihesnawen, sur les piémonts fertiles du sud de la ville de Tizi Ouzou, au hameau de Taâzibt, du village Tadart Tamuqrant.
En 1912, il perdit sa mère à un âge où on n’en a qu’une prescience fondamentale pour l’âge adulte. A 14 ans, après le dur apprentissage des écoles coraniques appelées timaâmrin, il décide de quitter le village rongé, comme d’autres du pays, par le colon. Il confie, un jour d’été, sur les berges de l’oued, à Si Saïd U L’hadi, un de ses amis d’enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j’y resterai. » Premier itinéraire : le giron de Cheikh M’hamed El Anka où, après quelques rudiments de musique dans les cafés chantants de la ville de Tizi Ouzou, il perfectionne son art du mandole aux côtés de Cheikh Mustapha Nador. En 1936, il anime une fête de circoncision avec Cheikh M’hamed à Tahtaha, sur les hauteurs de la Casbah.
Il retourne au village un jour d’été de 1936 et sa demi-sur, Fadhma, est toute réjouie de le revoir. Elle n’a gradé de lui, au moment où nous l’avions rencontrée en 1993, que l’image d’un être sensible et généreux : « Il avait insisté auprès de mon père qu’il me prît avec lui à la Casbah pour y faire mes études. Notre père refusa net.
Il repartit déçu et, depuis, il ne revint plus jamais au village. » Depuis, les retours au pays natal sont autrement plus forts, dépassant la matérialité de « la valise » pour atteindre ceux de la reconstruction de la nostalgie pour une re-création perpétuelle d’une terre intérieure, « impressive », dans le monde de la sensibilité d’un exil dans lequel il s’éteint non sans l’avoir vaincu, non sans l’avoir forcé à épouser les sublimes Fadhma, Zahia, dans leur mûrissement adolescent et de toutes celles qui dansent le « hol la hop », une musique subliminale dont la mélodie naît aux aurores des amours évanescentes.
Fadhma : mythe ou réalité ? Peu importe. Cet amour passionnel dans lequel son créateur, son amant, son prétendant artistique, s’est éteint pour mieux le rejoindre enfin hors des terres d’exil et de la vadrouille des temps et des lieux, est plus présent, charnel et beau qu’il ne le fut peut-être dans la réalité des souvenances. Amour ou amours d’exil ? C’est l’intarissable source mouvementée du répertoire de Cheikh El Hasnaoui qui a su irriguer ses mélodies de ce breuvage ressourçant.
L’exil, versant émotionnel de l’émigration, n’est pas un thème, un sujet « sur » lequel on chante, mais, pour le maître de Ya noudjoum ellil ou Bnat essohba deuxième version, plus tranquille et plus onirique, une reconstruction de l’être de féminitude aimée, dans une perpétuelle quête des formes mélodiques. Face à cet exil de la passion, Cheikh El Hasnaoui a déconstruit le « modèle » chaâbi. Le corps de ses mélodies, bien que constituant une « macro-chanson » thématisée, est erratique comme l’absence du corps aimé. Télégraphiques, conçues comme des appels fulgurants au manque passionnel de l’amour tardif et à la carence maternelle, ses chansons sont brèves car elles ne peuvent se permettre, quand la voix a perdu sa référence fondatrice, la répétition, la redondance. Il faut s’assurer du maximum de la réception du message entre « la femme natale et l’homme vaquant », une vacance entendue remplie de celle qui, tour à tour, prend le fleuve tranquille de la mélodie Ya Zahia ou coléreux de Madjitinich. Cette déstructuration du corps mélodique est le génie de Cheikh El Hasnaoui.
Et s’il faut interroger la psycho-critique, son exil est à chercher dans ces brièvetés mêmes des chansons qui reconstituent ce couple séparé par les océans, cet amour des « îles » qui, face aux colères océaniques, perdent, un peu plus chaque jour, de terre, pour mieux renaître. Cheikh El Hasnaoui est cette mouvance, est cette île en perpétuelle remise en forme de sa géographie. La fixité mélodique est, paradoxalement, le fruit de cette errance mélodique qui remplit l’âme meurtie de « tamurt ».












