Lundi 28 Avril 2008
La parole.
Son rôle.
La très Grosse part à lui donner dans la vie.

De châteaux GiGantesques peuvent s'ériGer par la parole.
La bonne, la simple, Fluide comme l'eau de roche.
La vie ne peut être appréciée que si l'on n'oublit JAMAIS que chaque seconde qui passe ne reviendra plus.
Que ces secondes nous sont comptées et nous rapprochent inéluctablement de la Fin, quelquefois salvatrice.
Car, qui dirait qu'un jour, après 30 lonGues années de sommeil et éGarement ...
Qui ? Seul Dieu le savait.




publié par Mohand publié dans : muhendz
Mardi 24 Octobre 2006

l3id af medden irkoulli
koul yiwen amek i touffa
ma yiwen yezha yedhsa
ma d wyedh tejrehh tassa


L'AÏD c'est pour tout le mode
Chacun comment elle le trouve
Si quelqu'un est heureux et rit
L'autre, son foie est blessé



Chanson des années 70
publié par Mohand publié dans : muhendz
Samedi 21 Octobre 2006


 


ENP 78 & JSK 78









publié par Mohand publié dans : muhendz
Samedi 21 Octobre 2006

Fk-igh-ak ul-iw... [Je te donne mon coeur ...اعطيت لك قلبي]


Ferh-egh mar ad - ini... افرح عندما تتكلم


Le bonheur ! Quand elle parle,Oh mon Dieu !
Ses paroles sont mesurées
De sa main teinte au henné, Oh mon Dieu !
et des sourils noirs ! Oh mon Dieu !

Belle de ses paroles mesurées

Elle parait, parmi d'autres, comme une étoile
Une étoile qui se lève de grand matin

La race du grain fécond, race de perdrix

Le peu qu'ils possède  les unit
de ce qu'ils en font un trésor

Elle ne regarde ni par-ci, ni par là

Ahlil awin ur nessin
ma yghil tsin ig sehlen iw qerreb d umerrah

Elle luit telle une umière qui brille

Là où elle est les jours s'égayent
L'eau se lève
Elle sème de beaux rêves sur son passage
yetsreqriq win its yessan
tekhedmass echan
themlith tkesbit d amwans-is

amjahh our yeggan oudhan
segw asm its yezra our youff iman is
publié par Mohand publié dans : muhendz
Jeudi 19 Octobre 2006
   



 
 

 

 


 
 
 
 
   
   
 
publié par Mohand publié dans : muhendz
Jeudi 19 Octobre 2006

Ne crois pas que je suis heureux
Depuis que je ne suis plus avec toi
Partout où je vais, je vois ton visage
Toujours devant mes yeux
Khas akka nefraq, oul fel-am yehraq

Ma tkhaq-edh nekkini ktar

Ouh! ay oussan a wid ig âaddan rouhhen
Ouh a loukan a loukan ad oughalen
Ouh ! les jours passés
S'ils pouvaient, s'ils pouvaient revenir !
Anda anda tellidh anda (Où es-tu ? Où es-tu?)
gw as mi nem-faraq ! Depuis que nous nous sommes quittés !)

Il allait connaître son dernier printemps. La France lui donnerait le coup de grâce. La France ? Oui, encore la France. La France à cause de lui, La France malgré elle. Il ne s’en rendra compte que trois décennies plus tard. Trop tard ?... ! La fatuité dans un hosannah de diplômes, un frère qui ne fut jamais là, sauf pour …, une mère, depuis, souvent pour...
Il déroule sa vie en une corde. Une corde ? Ah, s’il le pouvait ! Si la France n’existait pas ! Si elle pouvait exister comme il se devait de  vouloir le lui faire. Il tire, ahane, tente de défaire les nœuds lorsqu’un chapelet de « Pourquoi » s’épand et bourdonne dans sa tête.
Pourquoi ? Comment a-t-il pu fermer les yeux sur l’inacceptable, alors qu’il refusa la vie pour une broutille supposée ? Une suffisance mal placée et la présence du frère.
Belaïd s’est encadré dans le seuil de l’Asqif.
- Bonjour ! Entre !
- Ce soir ! Et je ne reviendrai pas seul !
Soudain un nœud bloque. Le nœud de sa vie ! De la vie qui eût du être leur ! Une vie qui fut leurre.
- Ce n’est pas la peine ! lui dit-il.
Pourquoi n’est-il pas rentré ?
Il serait rentré que, de ses yeux, pareillement bleus, luiraient ceux de sa sœur. Une seconde ! Ex abrupto ! Le frère n’était pas là et la mère absente. Pourquoi ne s’est-il pas levé ? Pourquoi fut-il dans l’Asqif à cette heure de la journée ? Pourtant, la mère était là et le café ne manquait pas ! Et la Djemâa si proche !...
Il l’a vue ! Sans la regarder.

Il s’approche du groupe qui illuminait Sidi M’hand Amazit,lui tendit la main et quittèrent le santon.

Elle le suit vers le village esseulé. Il serre fortement ses doigts. De peur qu’elle lui échappe ? Elle crie de rires.
Les villages, à flanc de coteaux, déversent leurs entrailles. Des grappes de robes bayadères et de burnous immaculés s’échappent de leurs demeures, dévalent, épars, et battent les sentiers.
Un bruit de moteur fend le silence du village abandonné. Il tenait le volant de sa main gauche, l’autre enserrant la sienne.

Elle effleura la voiture des doigts de sa dextre encore libre. L’océan de ses yeux coula sur la blancheur laiteuse.
- On va se promener ? dit-elle.
Une invite à un voyage vers un horizon bleu. Chez son frère qui ne se serait pas encadré da
publié par Mohand publié dans : muhendz
Samedi 30 Septembre 2006



" Il y a entre toi et moi, cet enfant qui ne vint pas ..."



" Il y a entre toi et moi, ce soleil vite éteint ... "
" Il y a entre toi et moi, ces rivières en furie ..."
" Il y a entre toi et moi, ce ciel que ton bleu a déserté …"
" Il y a entre toi et moi, ce vide empli de ton absence … "
" Il y eut entre toi et moi, toutes ces nuits endormies … "
" Il y a entre toi et moi, ce silence qui m’étreint …"
" Il y a entre toi et moi, cette déchirure qui bée …"
" Il y a entre toi et moi, ce Dieu qui prit congé …"
" Il y a entre toi et moi, cet Ourar qui n’eut pas lieu …"
" Il y a entre toi et moi, cette rivière desséchée …"
" Il y a entre toi et moi, ce bonheur mort-né … "
" Il y a entre toi et moi, ce rêve brutalisé …"
" Il y a entre toi et moi, cette terre assoiffée …"
" Il y a entre toi et moi, cette source déviée …"
" Il y a entre toi et moi, cette rigole qui s’égara …"
" Il y a entre toi et moi, cette mère que tu ne fus … "
" Il y a entre toi et moi, ces herbes devenues folles … "
" Il y a entre toi et moi, cet hiver persistant … "
" Il y a entre toi et moi, ce temps qui nous a fui ..."
" Il y a entre toi et moi, ce miroir brisé …"
" Il y a entre toi et moi, cette vie F et mère …"

" Il y eut en toi, cette illettrée. Ce trésor, il est très..."
" Il y eut en toi, cette bouche printanière …"
" Il y eut en toi, ces lèvres coquelicots …"
" Il y eut en toi, ce printemps éternel …"

" Il y a en toi, cette Fleur qui se fana …"
" Il y a en moi, ce moi mort qui t'aimait ..."
" Il y eut en toi, cette F… joyeuse, il y a en moi, cette F… rance "
" Il y a entre toi et moi, ces enFants dont tu n’es mère … "
" Il y a entre toi et moi, ces enfants qui me te veulent … "
" Il y eut en toi, cette ignorante … du mal …"
 "Il y eut en toi ce soleil jaune chaud..."

" Il y a en moi, la quémande de ton pardon... et le deuil de mon amour ..."

Je te pardonne, fils de mon pays
Je sais ce qui s'est passé en nous
Pardon, fils de perdrix
Je m'en rappelle
Aujourd'hui j'ai des remords



publié par Mohand publié dans : muhendz
Mardi 26 Septembre 2006

Jeudi 4 Mai 2006

Pour Souad, A weltma fehm-agh-kem

Ma petite soeur, je tenais à te voir pendant les deux heures où je suis venu voir Khalti. Je t'ai vue. J'ai serré dans mes bras la petite fille de cinq ans que j'ai trouvée, un soir, déjà au lit. Tu t'es levée dans la pénombre, les yeux agrandis à la vue du cadeau que je t'ai ramené de France. Tes yeux luisaient de joie de me voir et d'impatience à ouvrir le paquet. En effet, dans le hall de l'aéorogare d'Orly, j'avais pensé à toi et t'ai acheté une poupée. Tu étais le seul enfant. Je ne peux parler de toi à l'imparfait cartu étais la part fée de Khalti. Tu as due être choyée, toute petite, mais le temps a passé, beaucoup passé. La vie et une juste, la vie et injuste. On ne vit que si l'on ne le mérite. Le pays a changé. Je comprends. De l'argent partout. La télé a envahi les demeures. Qui ramènent des filles délurées danser au-dessus du kanoun que les flammes ont déshérté. C'est dur de se sentir inutile. Dur d'avoir toujours le sein creux. Dur de supporter le printemps. Dur d'être jeune fille au village dans un corps de 30 ans. Un corps que nul regard tendre ne vient visiter. Une main? Peut-être, celle du frère. Il n'y a d'avantage chez un frère qu'en présence d'un mari. Les femmes de tes frères sont plus jeunes que toi. Plus belles aussi ? Tu crois ? Si tu le dis. Je ne peux que te croire. Tu n'as jamais  su mentir. Je t'ai vue cinq minutes  d'août de ton dernier été. Je tenais à te voir, à enlacer le petit ange. Qui dirait que ça allait être pour la dernière fois? . D'ailleurs pourquoi plus ? La vie est dure, tu le sais maintenant. Personne ne t'a comprise. T'es-tu au moins exprimée ? Tu l'aurais fait que tu ne trouvais pas tes mots, t'auraient-ils écoutée qu'ils n'avaient plus d'oreilles. Moi, tu sais ? Je te comprends. Le soleil était trop fort à ton goût. Tes frères avaient de la chance. Normal, pour les garçons. Mais des filles comme toi ! Seule l'innocence meurt. Seule l'innocence vit après ! La vie est cruelle. Que faire contre ? Tu l'as trouvé. Mais seule la vie meurt. Alors, toi seule étais vie. Qim di lahna. Tu étais courageuse. Ak-em yerhem rebbi. Toi au moins tu es là-bas et tu y resteras.

Tu as de la chance. Tu sais ? Chance d'avoir eu ce courage. Oui, c'est du courage, une fierté de rejeter cette vie qui s'impose.
Dur de travailler dans ce salon de coiffure. Tu en as vu des têtes mais personne n'a su voir la tienne. Tu n'en étais pas de celles-là. Tu voyais des filles heureuses, le rire aux éclats, les robes étincelantes, venir se faire belles pour leur mariage, pour celui des autres. Tu sais que pour d'autres, le mariage est la pire des choses que la vie peut réserver? Pas pour toi? Oui tant qu'on est célibataire. Tans qu'on est jeune. Tu tenais leur chevelure entre tes mains. Elles te racontais leurs projets. Tu voyais le temps passer. Tu ne faisais que voir et personne ne te voyait. Oppressée au village, oppressée à ton travail, oppressée par ton corps. Tu avais toujours gardé ton air innocent. Innocence oppressée de toutes parts. Je n'ai pas su voir le désespoir dans ton rire. Car il était franc, car tu m'as ri. Tu étais contente de me voir. Moi aussi. Tu m'as donné espoir dans la vie. J'ai revu la jeune fille et, pour moi c'est comme si le temps a été figé. Je me sentais l'âge où tu avais cinq ans. Moi j'avais vingt cinq. On t'a sûrement dit des choses, le soir, à la maison. Tu as sûrement pensé à moi. Je le sais. Je suis venu comme un voleur mais je tenais à te voir. Je ne voulais être vu de personne. Personne à l'extérieur ne m'a vu. La voiture de ton frère s'était avancé jusque Tabburt Bw Afir. Il voulait... j'ai refusé. Je suis monté à la terrasse d'où j'ai vu Axxam qui semblait s'enfoncer sous terre. Un poteau métallique est venu se poser devant cette porte, comme pour la narguer et lui rappeler que le jour où des mains l'ouvriront ce sera pour l'enlever, la jeter. Par ceux qui viendront en frères ! Bien sûr des frères ... Les tiens ne te voulaient pas de mal. Eux, maintenant, te regretteront. D'autres te plaindront et feront de même à leur soeur. Car la leur n'est pas toi, n'est pas de ton çof.., Encore qu'elle aurait ton prénom, ton âge... Un prénom juste à gourmander le corps porteur,  tes yeux? Qui regarde les yeux ? Dieu qu'il s'agissait juste de paroles. Des paroles qui font de nous les humains... Des paroles à profusions qui sortent comme les balles qui percutèrent la tôle, des regards fats, des yeux ardents... Le bâti s'élance et tu te sentais sans toi.


La maison s'est élancée vers le ciel, pour les autres. Tu te sentais un poids pour eux. Mais pas pour ta mère. Que pouvait-elle? Je te comprends. Il fallait que tu arrêtes. Et tu as arrêté. C'est dur de voir venir le printemps. Courage ?  oui.  Peut-être... Je n'ai même pas ta photo. 
Des grelots dans la tête, le coeur qui s'affole, les pieds qui lâchent, le corps qui  fond... Comme on voudrait qu'elle vienne, cette fin paresseuse. Cette fin qui ne veut ne vouloir finir. Tu as eu ce courage. D'autres l'appelent lâcheté. Non. Car il faut ce courage pour mettre fin à cette lâcheté de tenir à ce qui rejette. Courage de ne plus être lâche... On part car on aime la vie, la vraie, l'unique. Celle qu'on aurait aimé qu'elle fût. Celle qui existe tout près. Une vie à portée de souffle...

La terrasse était haute. Des piliers en fer s'élancent vers le ciel. Des cordes et pour y monter des sacs de ciment et des briques  jonchent le sol. Il y avait aussi des cordes. J'y suis monté car on tenait à me montrer la vue. Comment es-tu arrivée? Toute seule? Je ne te croyais pas capable.

Ma dkimini xdem negh qim
hhed ur k m issin
ala taêbbut km-id yessâan

Zzr-igh-km-id gwnebdu
ahhudd ahhunnu
ach hal ferhh-egh dayen kan

"Oui c'est bien cela la vie. Il y a des flammes qui jaillissent, montent, montent, illuminent tout. Il en est qui s'éteignent ou qui fument désagréablement..." alors on éteind...

Tu sais, j'en sais plus sur ce qui t'est arrivé. C'est dramatique. Comment peut-on faire ça? Je te comprends fort bien. Repose-toi maintenant, plus personne ne pourra t'atteindre là où tu es maintenant. Tu es plus haut.

Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Louange à Allah, Seigneur de l'univers.
Le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux,
Maître du Jour de la rétribution.
C'est Toi [Seul] que nous adorons, et c'est Toi [Seul] dont nous implorons secours.
Guide-nous dans le droit chemin.
Le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés. 
صدق الله العظيم

 Belle ta demeure, toujours ensoleillée.

Tu es partie au printemps, Mai...
publié par Mohand publié dans : muhendz
Mercredi 30 Août 2006

Mon Alégérie 

   

Azul fel-am a tamurt n lejdud-iw

 عليك مني السلام يا ارض اجدادي 

Tamurt aâzizn am laâmerr
M ikm dj-igh ulach sberr
Ctaq-egh war akm iwalin

T cedha titt akm tzzerr
     Akn ad yethedden lxatter
Ala kem ulach wis sin
 


la voix de la terre natale
d ldjennet ur n uklal
  (paradis inaccessible)

Mourir en son pays ou chaque jour renaître !  

 

 

La terre et le sang
Mouloud Feraoun [8 Mars 1913-15 Mars 1962]

-Oh! Amer, notre terre n'est pas méchante. Nous en sortons et nous y retournons. C'est tout simple. Elle aime ses enfants. Quand ils l'oublient trop, elle les rappelle. Cela aussi, tu le sais ; n'est-ce pas?

-Oui, tu comprends à quel point ils sont à plaindre, ceux qui sont morts, étrangers, dans une terre où ils ne trouveront rien et sur laquelle personne des leurs ne passera.


Dans ses rêves de jeune fille nubile, elle avait désiré autre que Slimane. C'était une fleur pleine de sève un peu âcre, pas trop éclatante mais parfumée à donner l'ivresse. Elle-même était ivre de jeunesse et de désir.

Au milieu de Tighezrane, baignant leurs racines dans l'eau, les orangers formaient un bosquet presque noir. Les orangers étaient en fleurs et sentaient bon.

-Vois-tu, Madame, leurs longs cils, leurs cornes bien fines et bien recourbées? Ils sont pleins de grâce, n'est-ce pas? On nous les envie dans le village.
- Et bien dressés, ajoute Slimane. Ils n'ont pas besoin qu'on les mène par l'oreille. J'attelle le droitier, le gaucher vient de lui-même se placer sous le joug.
- La gandoura de femme ne les effarouche pas. Quand je leur change la litière, je passe sous leurs ventres. Ils me connaissent : ils ont mangé dans ma main. Et les animaux, tu sais, Madame, ce n'est pas comme nous. Ils ne mordent jamais la main qui les nourrit ou qui les caresse.
Madame ne répondit rien mais admira le bon sens de Chabha.

Les fellahs aiment leurs boeufs et les gâtent. L'homme, la femme et les garçons disent  "notre paire", s'occupent de "leur paire" en parlant avec amour et orgueil. Les boeufs ont des colliers tressés par les filles ; les garçons les mènent boire à la meilleure source, leur trouvent le meilleur endroit pour paître; l'homme, à la charrue ne ménage ni sa science, ni ses muscles, il se réserve loyalement sa part d'effort, il n'est tranquille que s'il se juge plus fatigué que ses bêtes. Alors, il est  sûr de les avoir ménagées et il est content. La mère veille sur leur nourriture, à la maison, ne leur laisse aucun répit, se lève la nuit pour tâter leurs crèches.

Notre terre est modeste. Elle aime et paie en secret. Elle ne veut même pas de mains qui prétendent l'embellir. Elle n'a que faire d'allées bien droites et ratissées, de fleurs étrangères, de clôtures rectilignes et barrières de menuisier. Sa beauté, il faut la découvrir et pour cela il faut l'aimer.

Il se laisse fasciner par une petite flamme qui danse entre deux braises, hésitante, diaphane comme un voile de fantôme, plein de mystère et de caprice, car tantôt elle se précise et enveloppe avec gourmandise un reste de tison, tantôt ses vains efforts ne produisent qu'une petite spirale de fumée et il constate alors qu'il y a un peu plus de cendre sur les braises. Oui c'est bien cela la vie. Il y a des flammes qui jaillissent, montent, montent, illuminent tout. Il en est qui s'éteignent ou qui fument désagréablement mais, en fin de compte, la cendre laineuse recouvre les braises, la ménagère recueille une louchée de poussière blanchâtre et remplit de bois sec son kanoun pour un nouveau feu, de nouvelles flammes, une nouvelle cendre.

Amer se tenait dans l'embrasure de la porte qu'il obstruait de sa masse, le béret touchant le cadre, les pieds légèrement écartés dans une attitude indécise. Il restait ébahi, les yeux rivés au visage de chabha qu'il croyait connaître et qui lui révélait maintenant des charmes, insoupçonnés sous cette pâle lueur de la petite veilleuse tremblotante. ...Elle était là, tout près de lui.... ses yeux pouvaient la détailler, la soupeser, la dévêtir de son unique gandoura de cotonnade claire et piquetée de fleurettes bleues, sans fouta, ni ceinture, n'ayant que le petit ruban tressé pour maintenir sa robe autour de ses hanches sinueuses.

...il serait ensuite parti, la laissant rêver à son aise, le coeur plein de son image, du son de sa voix, d'un amour impossible et jalousement secret.
...il lui semblait que son coeur était largement ouvert et que tous ses sentiments s'étaient répandus à travers son corps qui s'en trouvait tout imprégné. tout son corps vibrait, palpitait d'un mélange de joie et de tristesse, de colère et de douceur. Elle avait envie de rire et de pleurer à la fois. Elle se sentait en même temps légère et prête à défaillir, à sombrer dans un engourdissement sans fin.
Ils marchaient silencieux comme leur ombre. Lorsqu'il traversèrent la djema, elle dut courir un peu, pour le rattraper, et se plaça à coté de lui... ...L'ombre noyait les maisons et s'arrêtait d'un coté au ras des tuiles. tous les portails étaient clos. Les gens dormaient. Chabha ralentit le pas. Il la toucha presque. Il ne songeait à rien, lui. Elle s'arrêta, saisit de sa main brûlante celle d'amer et la porta à ses lèvres. Il n'eut pas le temps de faire le plus petit geste : elle se jeta à son cou et l'embrassa.

Certaines femmes pour ainsi dire, n'ont pas de maître, soit qu'elles n'aient personne à craindre, soit qu'elles dominent leur mari, sont vraiment redoutées. On les ménage, elles se permettent de ne pas attendre leur tour pour emplir l'amphore, ont leur franc-parler et règnent sur les lieux. elles sont de toutes les bagarres.

Ils aimaient à se coucher tard, attendre la minuscule cafetière de fer-blanc toute noircie, ne contenant pas plus de deux tasses. L'un ou l'autre pouvait la surveiller, y mettre la dose de poudre minutieusement mesurée, verser le café épais dans les deux tasses craquelées et sans anses. Ils buvaient avec précaution, reniflant les vapeurs, aspirant goutte à goutte et faisant claquer la langue de satisfaction. Ils savaient qu'il s'agissait d'un luxe et que ce luxe leur était accordé.

- J'allume? souffla-t-il.
- Non. Tout à l'heure.
Il devint brutal, la serra à l'étouffer. Ah! La détruire comme, dans un excès de colère, on détruit un objet précieux et cher. Une destruction totale qui apaise l'âme. Il ne réussit qu'à l'exciter. Il eut l'impression qu'elle se révélait à lui, pour la première fois, qu'elle se donnait tout entière. C'est ainsi qu'elle devait faire avec l'autre. Lorsqu'ils allumèrent, elle répondit à son regard chargé de haine par un regard de défi et une moue diabolique, une moue irrésistible, qui faillit le jeter sur elle une seconde fois. De sa gandoura sans manches sortaient ses bras lisses aux lignes pures. En haut du bras gauche, près de l'épaule, une tache se dessinait toute rouge.

Pourtant elle ne s'était aperçue de rien. Elle n'attendait pas Amer. Lorsqu'elle l'avait vu devant la porte, elle s'était troublée, bien entendu. Elle songea surtout que des raisons sérieuses l'amenaient, ainsi, la nuit, et attendit une explication valable. Il serait ensuite parti, la laissant rêver à son aise, le coeur plein de son image, du son de sa voix, d'un amour impossible et jalousement secret.

La fontaine ressemble à une petite kouba avec son dôme tout blanc soutenu par trois piliers de briques. Elle a été aménagée récemment. L'intérieur est cimenté et propre. Deux gros robinets étincelants remplissent deux cruches à la fois. Elle est située à quelques mètres du chemin; un petit sentier y mène, creusé en fossé, bordé de ronces, ombragé de grands figuiers.

Le champ était bien travaillé, certes. Ils le revoyaient après sa toilette, comme une personne bien rasée qui se prépare à la noce. Une noce de printemps fleuri. Les figuiers qui avaient été taillés l'hiver, faisaient jaillir des pousses vigoureuses, bien brunes. Au-dessus de chaque feuille, un petit enflement, un gros grain de couscous, comme nous disons, promettait la figue de juillet.

Ce couple qui a quitté la France et qui entre dans ce misérable village de Kabylie, quel passé étrange laisse-t-il derrière lui? La voix de la Terre natale a fini par atteindre Amer qui revient parmi les siens. Sa femme l'accompagne et c'est une jeune parisienne que la vie a meurtie. L'espoir d'une existence neuve emplit ces deux coeurs, mais Marie ne se doute pas que ces montagnes, qui lui ferment l'horizon ne s'ouvriront jamais plus pour elle. A Ighil-Nezman, un village comme il y en a tant sur les crêtes sur le Haut-Pays kabyle, Marie ménera une vie paisible de recluse enviée. Mais Amer s'éprendra follement d'une autre femme et la tragédie se nouera, violente, sauvage, dans le décor de ces montagnes peuplées d'hommes rudes et fiers, au coeur de ce monde berbère qu'ignore l'Europe, et dont Mouloud Feraoun nous révèle la vie la plus secrète. 
Préface d'Emmanuel Roblès
de l'Académie Goncourt 

 

Agur d yetri

 نجمة و هلال

Lune et croissant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

publié par Mohand publié dans : muhendz
Mardi 29 Août 2006
  • 7 années merveilleuses,
  • 3 mois d'hiver printannier
  • 1 seconde d'un bel été à Amazoul

ed kem siwa kem ay iheml-egh
bla kem, tamâicht iwumi
ed kem siwa kem ay zerr-egh
ma ulach-ikem iwachuyi
-------------------------
80 et les années NOIRES....
publié par Mohand publié dans : muhendz

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